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Nous avons tous déjà entendu parler de la légende du Triangle des Bermudes, mais que savons-nous sur ces mystérieuses disparitions ? Les Humains ne peuvent pas y répondre, nous habitants de l'Île du Cœur des Bermudes, nous le pouvons. Les pauvres voyageurs n'ont jamais pu franchir la barrière qui les séparent de notre monde. Comble de leur malheur, seuls les navires et autres objets matériels atteignent l'Île. Les voyageurs sombrant alors dans les profondes abysses de l'Océan. A l'heure d'aujourd'hui nous trouvons encore des manuscrits Humains que nous conservons soigneusement. Beaucoup de nos scientifiques se posent une même question : Avons-nous un lien de parenté avec cette espèce ? Les avis sont mitigés, certains prennent l'exemple des Mentalistes, ressemblant traits pour traits aux Humains et d'autres prennent pour exemple les Hybrides et les Nymphes ne pouvant pas descendre de la race Humaine.Lire la suite ?


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Il était temps [PV Ambroise]

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MessageSujet: Il était temps [PV Ambroise] Lun 9 Nov - 0:47


Lalegün, en posant au sol sa lourde charge, souffla de manière tout à fait ostentatoire. Il observa, les poings calés sur les hanches, l'objet qui lui faisait face. Il n'avait pas voulu faire d'injustice, mais maintenant il était décidé. Plus jamais il ne se traînerait cet accordéon toute une journée durant. Il l'adorait, mais il y avait des choses qu'il ne pouvait juste pas se permettre. Et comme il ne se voyait pas trop se mettre à la musculation – dieu qu'il aurait aimé si la nature lui avait fait don d'un peu plus de virilité – il allait devoir se cantonner à des instruments au poids moins conséquent, comme il l'avait toujours fait. Il fallait se rendre à l'évidence, cette chose était juste plus grosse que lui. Bien qu'il fut en plein milieu d'un couloir, il décida de faire une pause, et s'assit sur l'imposant instrument, qui reposait tranquillement enfermé dans un étui. Il avait sacrément chaud, au point qu'il se décida même à retirer son fidèle bonnet pour le poser sur ses genoux.
La journée touchait à sa fin, et si certains avaient peut-être encore cours, ce n'était pas son cas. Et il avait pris l'habitude de se promener après les journées d'école, histoire de canaliser un peu toute cette énergie débordante qui affluait en lui. Le soir, il avait un petit peu moins de mal à s'endormir, mais ça n'altérait en rien la difficulté qu'il avait à rester tranquille en classe. Aujourd'hui encore, il avait passé sa journée à démonter tout ce qu'il avait sous la main, taper des pieds, et faire mine de jouer du piano sur sa table. Les professeurs ne le disputaient pas, au pire ils l'invitaient parfois à sortir se calmer – ils n'avaient pas le choix, son hyperactivité était reconnue par les médecins. Cependant ses notes n'étaient guère très brillantes. Cela aurait importé s'il s'en souciait un tant soit peu ; il le remarquait, mais n'y faisait pas attention. Ce n'était que de l'encre sur du papier. Par ailleurs, les gens de sa classe lui en voulaient un peu de s'être fait dérober la clé, mais ils n'insistaient pas plus que ça là-dessus. Pour une fois, le jeune garçon lui-même ne s'était pas fait d'illusions ; il savait que réussir à la garder jusqu'à la fin du jeu n'aurait été dans son cas qu'un énorme coup de chance. Ses camarades devaient se dire la même chose. D'un côté, il était plutôt content de s'être débarrassé de cette histoire, car il pouvait de nouveau discuter et traîner avec les autres sans avoir cette ignoble boule au ventre, cette méfiance permanente qui avaient fini par le gagner, même lui. De l'autre, il préférait juste ne pas penser à ce que pouvait bien réserver le Principal à ceux qui perdaient. Et sa technique habituelle face aux problème, l'excuse de l'oubli, ne fonctionnerait pas. Il esquissa une petite grimace. Non, vraiment, pas la peine de se torturer l'esprit maintenant.
Un petit groupe de trois élèves, en passant, le salua. Il ne se souvenait plus de leur prénom, mais leur répondit avec entrain. Ils se jetèrent un regard et s'arrêtèrent à sa hauteur.

- Eh, Lal', tu devrais aller voir dehors, affirma la seule fille du groupe.

Il la regarda, à la fois étonné et très curieux. Comme si elle avait deviné sa question avant qu'il ne la pose, elle eut un sourire qu'il n'aurait su juger.

- Vas-y, t'inquiète c'est pas un piège. On n'a plus rien à te voler, tu sais.

Elle lui adressa un petit signe de la main, et ils s'en allèrent. Lalegün regarda l'accordéon, un pur air de souffrance sur le visage. Maintenant que sa curiosité était éveillée, pas moyen d'y couper. Il prit son air décidé, un peu caricatural, replaça son bonnet sur sa tête, ainsi que l'étui sur son dos. Il crut mourir écrasé sous cette masse, mais tint bon et parvint même à trouver un bon point d'équilibre. Fier de lui, il s'engagea aussi vite que possible dans la direction que sa connaissance lui avait indiquée. Une fois en bas, il balaya la cour du regard. Rien, absolument rien. Avec un petit froncement de sourcil, il commença à arpenter le lien, attentif. Il avait mal aux épaules, mais sa curiosité ne lui permettrait sûrement pas de s'arrêter maintenant. Il jeta un coup d'oeil au ciel. La nuit commençait déjà à tomber – les joies de l'hiver – et la chaleur estivale s'en était déjà allée depuis quelques semaines. Il plongea ses mains nues dans les attaches de son bonnet. La prochaine fois, il prendrait des gants. Malgré tout, il se dit qu'il aimait bien cette saison, elle avait ses avantages. Pour contenir sa frustration de ne pas trouver ce qu'il était censé, il se dit qu'il savourait la seconde partie de sa promenade, et pas qu'il cherchait quelque chose. Cela ne l'aida pas beaucoup. Alors qu'il faisait le tour du bâtiment et qu'il s'apprêtait à abandonner, il vit une silhouette dans l'obscurité naissante. Mais il était frustré, et n'avait guère envie de discuter. Pour ne pas avoir à se montrer désagréable envers quelqu'un, ou même à croiser cette personne, il fit demi-tour et emprunta furtivement la première porte qu'il trouva.
Lalegün crut mourir lorsqu'il aperçut la personne juste là, à un mètre ou deux de lui. Il se figea, les joues rougissantes, le coeur comme arrêté.

- Oh... euh... salut, Ambroise !

Il avait essayé de prendre un ton enjoué, mais ça ne collait pas avec son air. Lui-même savait que l'on aurait cru qu'il venait de voir un monstre. Il avait juste envie de prendre la porte dans le sens inverse, de s'enfuir comme un voleur. Seulement, il était bloqué. Il ne savait même plus depuis combien de temps il fuyait Ambroise. Longtemps. Il avait hésité à aller le voir pour discuter de ce qu'il s'était passé, la dernière fois, mais il n'osait pas, c'était trop compliqué. Depuis que le jeune Passion était tombé malade – tout le monde était au courant, maintenant, à Xényla – il y avait repensé. Un jour il s'était même retrouvé face à la porte de l'infirmerie à se ronger les ongles. Mais non, impossible. Et plus le temps avait avancé, plus il avait redouté le moment où cette situation deviendrait réalité. Maintenant, que cela arrivait, il se sentait presque terrifié. Et même un peu coupable. Il avait rarement ressenti autant de peine pour quelqu'un, en le voyant affaibli de la sorte. Tellement qu'il en détourna le regard, parce qu'il se rendit vraiment compte de la gravité de son état. Puis il se souvint, bien qu'il luttait contre, des sombres heures qu'il avait lui-même passées à l'hôpital, durant lesquelles tout le monde le regardait avec cette air peiné. Il épargnerait au moins ça au malade ; il se contenta de reposer les yeux sur lui, et de chasser ces airs de pitié. De toute façon, ce n'était pas l'émotion qui dominait chez lui, à cet instant précis.

- Eumh, oui, ça fait longtemps...

C'était vraiment trop pour lui. Il y avait tellement de choses, de pensées qui se mêlaient les unes aux autres dans son esprit qu'il ne savait pas du tout quoi dire. Lalegün commença à se triturer les mains pour canaliser non seulement le stress, mais aussi la vague d'énergie qui affluait de nouveau.

- Je... tu... enfin...

Il prit une aspiration. Diantre, il ne s'était jamais senti aussi gêné. Leur dernière rencontre avait pourtant été bien plus éprouvante.

- Je t'embête ! Je devrais peut-être y aller, n'est-ce pas ? Oui ! Tu es malade,  il te faut du repos, beaucoup de repos ! Oh ! Et puis regarde, il fait nuit, on va se demander ce que je fais. Excuse-moi, je pensais pas qu'on se croiserait comme ça, là, maintenant... (il se râcla la gorge) Je repasserai à un autre moment, si tu veux ?

Il ne s'expliquait pas cette dernière question. Cela ressemblait fortement à un engagement, et il ne voulait surtout pas s'engager. Mais c'était fait. Il avait posé une main sur la porte, prêt à s'enfuir en courant dès qu'il aurait dit quelque chose. Il en avait même oublié le poids de l'accordéon sur son dos ; tout ce qu'il voulait, c'était mettre fin à cette situation horriblement gênante.
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Lun 16 Nov - 12:41


Lorsqu'on a 15 ans, on s'imagine mal remplir un testament. Bon en même temps, à 15 ans, c'est rare d'avoir un notaire. Et d'être à un cheveu de la mort. Depuis mes retrouvailles avec Luna mon état s'est aggravé. À croire que mon corps n'attendait que d'être débarrassé des remords pour me faire claquer. Désormais, je passe la moitié de mon temps à cracher mes poumons, l'autre moitié je dors ou vomis mes organes. Je suis à un point où j'évacue du sang n'importe où. Quand je tousse, quand j'éternue, quand je rejète mon repas, quand j'entends quelque chose de trop fort. Le sang s'écoule autant de ma bouche, que de mon nez ou de mes oreilles. On m'a envoyé à l'hôpital il y a peu de temps mais mon état déjà grave s'est empiré. Il paraît que je ne supporte pas l'atmosphère. J'ai donc été rapatrié en vitesse au lycée et c'est l'hôpital qui a déménagé à moi. L'infirmerie ressemble moins à celle d'un établissement normal.

On a encore plus commencé à avoir peur lorsque je me suis mis à rejeter toutes lumières vives. Je dois porter des lunettes de soleil en permanence sous peine de saignement par voie lacrymale. Charmant. Vraiment. J'ai constamment une mini-perfusion m'injectant du sang. Vous savez ses petites pochettes qu'on se trimbale avec une sorte de tringle. D'ailleurs, heureusement que je suis receveur universel grâce à mon groupe sanguin AB positif. Ça évite de devoir chercher partout un groupe sanguin non dominant parmi la population. Je crois que lorsque j'ai annoncé AB+, les médecins m'ont regardé avec des étoiles dans les yeux. Comme si je venais de leur offrir, sur un plateau d'argent, leur bonne nouvelle annuelle. Mais là n'est pas le sujet. En effet, après mon réveil à 13h de l'après-midi, je découvre mon notaire qui fait le pied-de-grue devant mon lit pour me demander de remplir avec lui mon testament. Il me voit déjà le pied dans la tombe. Quel adorable monsieur.

L'infirmière n'est pas contente du tout. Je l'ai même vu grogner derrière son dos. Je suis son malade et elle n'aime pas que l'on me surmène. Mais Mr Blakherd ne lâche pas l'affaire et, dès mon réveil, sort une feuille et un stylo. Pressé le bonhomme. Il a donc fallu ressortir l'arbre généalogique familial pour voir à qui je donne quoi. Au bout de deux heures, ma fiancée reçoit une grande partie de mes biens chéris, quant à Sacha, ma cousine, bien que je sache pertinemment qu'elle n'aime pas ça, je lui lègue mon titre de chef familial. Et vu que je serais dans la tombe quand elle l'apprendra, elle ne pourra pas refuser les dernières volontés de son cousin. Les autres membres de ma famille reçoivent de petites choses sans importance. De toute façon je ne les aime pas. Lorsque mon notaire est satisfait, il me fait signer le document et repart, me laissant éreinté et soulagé.

Ma protectrice me fait manger un peu, me conduit aux toilettes et me recouche. Au début j'avais du mal à accepter que quelqu'un m'aide à aller aux WC, mais avec le temps j'ai fini par accepter. C'est pas facile mais je fais abstraction. De toute manière c'est ça ou la poche, donc le choix est vite arrêté. Très vite, je me rendors. Je ne fais que ça en ce moment. Si mes journées font plus de 3h cela relève du miracle. Je vous parle pas du dérèglement que ça produit après. Si je m'en sors je serais totalement perdu. Mais je serais heureux, ça c'est sur. Bon, pour tout avouer, au début j'ai eu peur de mourir. Maintenant ça va, je me suis résigné. Vu mon état, à moins d'un miracle, je suis juste bon à finir mes jours dans les prochains mois. Je tiendrais pas plus. D'ailleurs, je pense que tous sont de mon avis. Je suis sûr qu'au fond ils préparent déjà leur deuil. Ceux qui se voilent encore la face c'est seulement parce qu'ils ne m'ont pas vu.

Avant je pesais 45kg pour 1m56. Je n'étais pas gros mais pas maigre non plus. Désormais je suis à, à peine, 30kg. En un peu plus d'un mois j'ai perdu 15kg. Et je continue à en perdre. Mon corps est d'apparence famélique. Mes joues sont creusées, mes cheveux tombent en mèches grasses sur mes épaules, cela fait longtemps que je ne les ai pas coupés. Mes yeux sont tous les deux découverts et eux autrefois si bleus sont dorénavant ternes et sans vie. Le grand Ambroise Lockart s'est éteint. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. Je suis un peu triste de finir comme ça et non sur un coup d'éclat comme les grands dictateurs. D'ailleurs je ne réaliserais jamais ce rêve de dominer les humains. J'aurais toujours pu asservir les bermudiens mais :  un, le conseil est vachement puissant, deux, eux ils ont des pouvoirs très utiles, le mien est ridicule fasse au leur. En bref, je mourrai inconnu du monde. Quel triste destin. Je me sens comme un insecte inutile. Ce sentiment est si présent que je me réveille une heure plus tard avec. Il est 17h et il est l'heure de ma promenade habituelle, celle qui me permet de me changer les idées. C'est toujours le même parcours. On traverse les couloirs puis la cour et on revient à l'infirmerie. Cela me permet de voir des gens et de sortir un peu.

Après un brin de toilette où mon infirmière me lave les cheveux pour enlever cet immonde gras, je suis habillé pour survivre dehors et mis dans mon fauteuil. C'est parti ! Nous déambulons dans les couloirs, saluant de rares élèves. Tous ont le même regard. Un chargé de pitié. Ils me font vomir. Je suis certain que la moitié se disent que c'est bien fait pour moi. Mais ils ne me connaissent pas, ils ne peuvent pas savoir ce qui est bien ou mal, ce que je dois subir ou ne pas subir. Personne ne devrait souhaiter ou encourager la mort de quelqu'un. Je broie du noir, seul, tandis que nous approchons de la porte menant à la cour. À peine sommes-nous à 2 mètres d'elle, qu'elle s'ouvre pour laisser place à quelqu'un que je n'aurais pas voulu voir.

- Oh... euh... salut Ambroise !

Lalegün. LE Lalegün. Celui qui m'évite depuis si longtemps. Celui que j'aime et qui me brise le cœur à chaque esquive. Celui qui, actuellement, me regarde comme si il avait vu un monstre. Sympathique. Je sais que je ne suis pas agréable à voir en ce moment mais quand même, je ne suis pas aussi laid que ça. Si ? En tout cas, j'ai bien saisi qu'il n'est pas réjoui de me voir. Moi non plus à vrai dire. Mais pas parce que je ne l'aime pas. Plutôt parce que je l'aime trop, justement, et qu'il me fait souffrir plus qu'autre chose, ce que je n'ai pas besoin actuellement. Je soupire tout doucement pour m'éviter une crise mortelle de toux. Heureusement il n'y a aucun bruit dans les couloirs, il pourra m'entendre sans que je ne force la voix.

- Lalegün... Ça faisait longtemps...

Il détourne le regard. Lui aussi a pitié de moi. Ils ont tous pitié. N'y a t'il personne à part l'infirmière qui n'éprouve pas ce sentiment envers moi ? Décidément, le garçon que j'aime n'arrive qu'à me faire mal. Je dois être masochiste. Et lui médium puisqu'il se retourne vers moi sans la moindre commisération dans les yeux.  

- Eumh, oui, ça fait longtemps...

Merci pour cette merveilleuse intervention, très utile, vraiment. Avec le peu de force que j'ai, je lève les yeux au ciel. Ma gentille infirmière doit être en proie à un profond tumulte intérieur. Je lui ai parlé de Lalegün maintes et maintes fois. Elle connaît mon avis sur la question et je connais le sien. Et je sais que actuellement elle doit se retenir d'aller lui expliquer la vie à ce petit. Je prie, d'ailleurs, pour qu'elle reste maître d'elle. Cela m'arrangerait.

- Je... tu... enfin...

Il est gêné. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Je le plaindrais presque.

- Je t'embête ! Je devrais peut-être y aller, n'est-ce pas ? Oui ! Tu es malade, il te faut du repos, beaucoup de repos ! Oh ! Et puis regarde, il fait nuit, on va se demander ce que je fais. Excuse-moi, je ne pensais pas qu'on se croiserait comme ça, là, maintenant...

C'est sûr. Si il l'avait su, il m'aurait immédiatement évité. Alors maintenant, il se cherche des excuses pour fuir.

- Je repasserais à un autre moment, si tu veux ?

Je hausse un sourcil en le voyant prêt à partir. Dommage pour lui il faut que je lui parle. Désormais il est là devant moi, je ne vais pas le lâcher. Je remarque qu'il porte une grosse caisse sur son dos. Je me demande ce que c'est.

- Si tu repasses à un autre moment, ce sera dans un costume noir avec des fleurs pour ma tombe Lalegün.

D'un geste, je demande à mon infirmière de nous laisser. Elle accepte en me rappelant qu'elle reviendra très vite. Je souris timidement et fixe celui qui a volé mon cœur.

- Ne t'inquiète pas pour mon repos, je dors suffisamment comme ça... Et... Tu peux poser le gros machin que tu portes. Tu vas rester là un petit moment...

Certes, j'ai beau fanfaronner en lui disant qu'il va rester, vu ma condition, il pourrait partir sans que je ne puisse l'en empêcher. Mais je mise sur sa gentillesse pour ne pas qu'il me fasse faux-bond.

- Alors ? Ça fait quoi de se retrouver bloqué... avec celui que tu évites depuis je ne sais combien de temps ? ... Celui a qui tu as dit que tu voulais bien... être son ami...

Oui, je suis, à vrai dire, légèrement en colère. J'ai une rancœur que je dissimule depuis trop longtemps. Il est temps de la laisser éclater. Même si je suis contraint de chuchoter, de porter des lunettes et de faire attention à mon débit de parole, je lui expliquerais toute la peine qu'il m'a fait.

- Je vais être cash... Certes, j'ai pas eu une super conduite... la dernière fois... Mais est-ce une raison... pour m'ignorer ouvertement ? Tout le lycée... Oui, tout le lycée, s'est moqué de moi... ou a eu pitié. C'est génial hein ? ... Dis tu trouves ça génial la pitié toi ?

Légèrement en colère ? Je me suis peut-être sous estimé.
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Lun 16 Nov - 19:23


Lalegün se sentit tout simplement mortifié en l'entendant lui dire :

- Si tu repasses un autre jour, ce sera dans un costume noir et avec des fleurs pour ma tombe, Lalegün.


Bien sûr, il avait compris qu'Ambroise était en bien sale état. Mais la mort lui semblait si... si extrême. On lui avait brûlé le visage avec un tison, pourtant il n'était pas mort. Il n'arrivait pas à se figurer comment, réellement, une maladie pouvait venir à bout d'une personne. L'image de sa mère lui revint. Mais il fallait l'oublier, alors, immédiatement, il la refoula au plus profond de son esprit. Malgré tout, et il ne comprenait pas pourquoi, elle avait tendance à remonter souvent. Et alors que l'infirmère s'en allait, il songea au fait qu'en plus, il ne se voyait pas du tout porter un costume.

- Ne t'inquiète pas pour mon repos, je dors suffisamment comme ça... Et... Tu peux poser le gros machin que tu portes. Tu vas rester là un petit moment... 

Si ç'avait été dans un contexte plus léger, Lalegün aurait exprimé sa joie spontanée de pouvoir poser cet énorme chose qui pesait sur son dos. Mais Ambroise lui ordonnait de rester, il ne pouvait consciemment pas s'enfuir – d'ailleurs, il n'envisagea même pas cette option – et cela n'annonçait pas grand-chose de bon pour lui. Il allait payer son tribut, en quelques sortes. Il se sentait tout à fait stupide. Diantre, pourquoi n'avait-il pas pris sur lui pour au moins lui dire bonjour ? Manger avec lui de temps en temps ? C'était si simple avec les autres. Pourquoi si compliqué avec ce jeune homme en particulier ?

- Alors ? Ça fait quoi de se retrouver bloqué... avec celui que tu évites depuis je ne sais combien de temps ? ... Celui à qui tu as dit que tu voulais bien... être son ami ?

Si Lalegün n'avait pas conscience de sa grande part de responsabilité dans l'histoire, il aurait cédé à ses instincts de personne caractérielle. Et il luttait pour ne pas riposter. Le pire, ce serait de partir dans la confrontation. Et Ambroise semblait si fragile qu'il ne l'aurait probablement pas bien supporté. Il faillit répondre, mais finalement, son avis était plus que clair. Son attitude entière l'avait exprimé. Il aurait voulu être n'importe où sauf ici, où il devrait écouter les remontrances d'un jeune homme au bord de la mort, à qui il avait odieusement manqué de respect, et ce sans pouvoir rien dire. Il était un enfant qui se faisait gronder. Quand bien même il le méritait, cela ne rendait pas la chose plus agréable.

- Je vais être cash... Certes, j'ai pas eu une super conduite... la dernière fois... Mais est-ce une raison... pour m'ignorer ouvertement ? Tout le lycée... Oui, tout le lycée, s'est moqué de moi... ou a eu pitié. C'est génial hein ? ... Dis tu trouves ça génial la pitié toi ?

Il n'avait pas encore envie de pleurer, mais un mélange de remords, de peine, et même d'un peu de colère lui tordait l'estomac. Oui, de la colère. Parce qu'il avait l'impression qu'Ambroise ne réalisait pas qu'il était capable de compassion, malgré le mal qu'il avait pu lui faire. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que cela le réjouissait ? Il le savait déjà, tout ça. Quand les gens de sa classe, ou même d'autres, le regardaient avec ce petit air mesquin et lui demandaient comment ça avançait avec "le Lockart", il comprenait le sous-entendu derrière – même s'il lui fallait toujours un peu de temps avant de le saisir. Les ragots allaient vite à Xényla ; les gens connaissaient la situation. Cette sorte de voyeurisme ne dérangeait pas le garçon, mais il y truvait tout de même quelque chose d'un peu malsain. Tout le monde était au courant de tout. Cela dit, la vie en communauté a un prix ; ce devait être celui-là. Leur petite histoire avait bien fait jaser, et il savait que cela ne devait pas être simple pour le jeune Passion. D'abord, Lalegün se dit qu'il aurait juste dû couper les ponts avec Ambroise, et ce dès le début. Mais il en aurait été incapable. D'un autre côté, Ambroise, lui, aurait-il été capable d'être ami avec lui ? Il ne s'était jamais posé la question, mais maintenant qu'elle s'imposait, elle lui semblait plutôt judicieuse.
Il décida, en premier lieu, de suivre les bons conseils de son interlocuteur et de poser l'accordéon par terre. Dans son étui, au moment de toucher le sol, il émit une sombre plainte. Lal espèrait ne pas l'avoir posé trop brutalement. Il aurait pu s'approcher pour mieux distinguer ce qu'Ambroise lui racontait, mais il n'était tout simplement pas sûr de vouloir bien entendre tout ça. Il ne viendrait plus près que s'il lui demandait.

- Ambroise... Je... ça ne sert à rien, mais je suis vraiment désolé, je ne pensais pas que ça se passerait comme ça et...

Il soupira. Trop de pression. Il s'assit sur son instrument, dont le cercueil était, sans aucun doute, bien assez résistant pour supporter son poids. Les pieds croisés, il laissait ses yeux vagabonder où bon leur semblait, et ses mains exprimer leur refus de l'inactivité. Toute cette énergie était terriblement envahissante, le laissait juste incapable de rester tranquille un instant. Néanmoins, il faisat en sorte de, lorsqu'il parlait, regarder le malade autant que possible. Qu'est-ce que ça pouvait être dur.

- Non, bien sûr que non je ne trouve pas ça génial. Et je sais pas si c'était une raison valable... peut-être ? (il secoua la tête, comme pour se reprendre) De toute façon, tu dois t'en ficher.

Là, il réfléchissait. Et il fallait dire que ce n'était pas une chose qu'il faisait souvent. Il n'aimait pas le Lalegün qui réfléchissait. Il se sentait tellement mieux dans son monde d'insouciance, où rien ne paraît si grave que ça. À cet instant, le poids de la vérité lui retombait sur les épaules – plus lourd encore que l'accordéon. Quand il activait la fonction réflexion, des tas de choses lui revenaient en tête. Des choses dont il n'avait pas le droit de se souvenir. Il ne perdait pas totalement la candeur qui le caractérisait si bien, mais elle s'estompait, et cela se voyait. Malheureusement, dans des situations comme celles-ci, il était forcé. Il ne pouvait pas lui faire le grand oeil tout brillant et un câlin pour tout arranger. Rah, dieu qu'il avait envie d'un câlin.

- Je ne sais pas trop quel genre de réponse tu attends... Eh bien oui, je t'ai ignoré, mais je ne voulais en aucun cas te faire du m... (il se rendit compte qu'il allait dire quelque chose qui ne serait pas à son avantage) enfin que les autres se mêlent de ça, surtout. Mais je ne savais pas quoi faire, moi ! C'est la première fois que quelqu'un me porte ce genre d'affection, je ne suis même pas sûr de bien comprendre ce que ça signifie. Mais est-ce qu'on aurait simplement pu être amis, de toute façon ? Tu aurais réussi, toi ? J'aurais bien aimé, c'est vrai, mais la situation m'effraie juste trop... je crois.

Il n'était vraiment pas sûr de ce qu'il racontait. Il ne se souvenait même plus la dernière fois où il avait tenu des propos avec un tel sérieux. Pas d'effusion, pas d'émotion exagérée, il ne se reconnaissait presque pas. Trop de concentration pour y mettre les formes. Cela dit, il avait enfin réellement mis des mots sur son ressenti. Ambroise lui faisait peur, c'était aussi bête que cela. Il l'appréciait, comme il appréciait quasiment chaque chose de cette planète, mais il l'effrayait. Et pas seulement à cause de ses tendance autoritaires – dont, actuellement, il ne restait pas grand-chose. Alors, il relâcha un tant soi peu son sérieux.

- Je comprendrais que tu me détestes, maintenant, tu sais. Alors si tu pouvais juste me dire ce que tu as à dire directement... je crois que ça nous arrangerait tous les deux ? Je te promets que je ne riposterai même pas.

Une fois encore, Lalegün avait brièvement baissé les yeux. Mais là, il s'offrait carrément comme punching ball moral. Il savait qu'il allait se prendre une sacrée rafale, et se préparait psychologiquement. En plus il avait promis de ne rien dire en retour. Stupide Lalegün, trop de promesses. Il voulait que ce soit fait. Bouclé, fini. De toute façon, cela traînait depuis bien trop longtemps, et il ne récoltait que le fruit de ses actes. Aussi enfantin qu'il ait pu être, il savait, de temps en temps reconnaître ses torts ; et même si, dans ce cas précis, il ne les voyait pas forcément tous, il avait conscience que maintenant, il fallait assumer.
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Sam 5 Déc - 16:06


Lalegün semble bouillir de l'intérieur. Tant mieux. Qu'il réfléchisse à ce qu'il m'a fait. Pour lui ce n'est peut-être pas grand chose, mais pour moi c'est très dur. Je suis toujours à la recherche d'un lien, d'un contact et lui m'ignore comme un vulgaire insecte. D'un côté je me dis que c'est mieux qu'il ne me parle pas ainsi il ne me donne pas d'espoir, mais d'un autre côté j'ai vraiment l'impression d'être une mauvaise personne qu'il ne pourra jamais apprécier. Et il n'y pas mieux pour perdre sa confiance en soi. Surtout quand tout le monde te rappelle ton échec et ta peine. Agréable population, vraiment. Le jeune garçon pose sa charge au sol sans pour autant s'approcher. Trop peur d'être contaminé à mon avis.

- Ambroise... Je... ça sert à rien, mais je suis vraiment désolé, je pensais pas que ça se passerait comme ça et...


Ah ça c'est clair. Ça ne sert strictement à rien. Les excuses sont inutiles. Je ne lui pardonnerais pas. Jamais. Quant à ce qu'il pensait, il parle des ragots ou de ma maladie ? Non parce que bon, dans le premier cas, il suffisait d'aller voir certains individus bavards, dans l'autre, personne ne l'avait prévu. Alors c'est sur, maintenant il ne peut plus m'esquiver. Il n'y a qu'un seul élève au bord de la mort actuellement et c'est moi. Difficile de mimer l'ignorance. Je l'observe à travers mes verres fumés sans un mot. Il n'est pas très grand et, à vrai dire, son apparence est vraiment enfantine. Mais c'est ça qui fait son charme.

- Non, bien sur que non je ne trouve pas ça génial. Et je sais pas si c'était une raison valable... peut-être ? De toute façon, tu dois t'en ficher.

C'est pas faux. Qu'importe les raisons de son acte, cela ne justifie rien. J'ai souffert et je souffre à cause de lui. La jalousie me consume à chaque fois que je le vois sourire à d'autres, je ne rêve que de le toucher et de l'embrasser comme la dernière fois. Avec lui j'ai compris le véritable sens des mots amour et douleur. Longtemps j'ai voulu l'appeler au détour d'un couloir, qu'il se retourne et m'aperçoit. Mais jamais je ne l'ai fait, les visages moqueurs des autres m'arrêtaient. Comment prendre le risque de se faire ignorer lorsque nous sommes face à un public friand de malheurs ?

- Je sais pas trop quel genre de réponse tu attends... Et bien oui, je t'ai ignoré, mais je ne voulais en aucun cas te faire du m... enfin que les autres se mêlent de ça surtout. Mais je ne savais pas quoi faire moi ! C'est la première fois que quelqu'un me porte ce genre d'affection, je suis même pas sûr de bien comprendre ce que ça signifie, mais est-ce-qu'on aurait simplement pu être amis, de toute façon ? Tu aurais réussi, toi ? J'aurais bien aimé, c'est vrai, mais la situation m'effraie juste trop... je crois.

Mon petit, si tu ne sais pas ce que cela signifie il va falloir prendre rendez-vous chez le psychologue. C'est toujours utile. Et puis, il arrive dans un âge où il est normal que cela arrive. Il est mignon, certes un peu candide, mais agréable à regarder tout de même. Il n'y aura malheureusement pas que moi qui sera attiré par lui. Pour l'instant les autres sont plus tournés vers les garçons un peu plus âgés, musclés et tout le tintouin. Mais un jour il découvriront qu'un jeune garçon tout à fait charmant se tient devant eux. Et ce jour-là je devrais, certainement, lui dire adieu. Il se tournera vers d'autres, peut-être des filles. La friend-zone est la pire des choses. Enfin, je ne suis même pas dans celle-ci. Il a beau clamer qu'il aurait bien voulu être mon ami, il a aussi dit qu'il avait peur. Je lui fais peur ? Vraiment ? Pourtant, même si c'est un triste constat, il faut avouer que je suis tout sauf impressionnant. Je suis d'une taille ridicule, mon pouvoir est ridicule et je ne suis ni en Origine, ni en Liberté. Je suis chez les intellos. Donc je dois avouer que je ne pèse pas lourd dans la balance de la peur. En tout cas, c'est triste. J'aime une personne qui a peur de moi.

- Je comprends que tu me détestes, maintenant, tu sais. Alors si tu pouvais juste me dire ce que tu as à me dire directement... je crois que ça nous arrangerait tous les deux ? Je te promets que je ne riposterais même pas.

Il est sérieux ? Ce qu'il vient de me tendre est bien plus grand qu'une perche. Il me propose de l'exécuter sur place. Dommage pour lui, je ne vais pas me faire prier. J'en ai trop sur le cœur pour l'épargner. Alors pour lui, je vais lui dire tout.

- Je ne te déteste pas tu sais... Je n'y arrive pas... Mais je n'arrive pas non plus à te pardonner... Ce n'est pas possible... C'est trop dur. Comment veux-tu que j'y arrive ?... Alors que j'ai passé des heures à pleurer à cause de toi... À cause de ta fichue peur... Je veux juste que tu te rendes compte... Que tu comprennes qu'éviter une personne pour ne pas la faire souffrir... Et bien parfois ça fait tout le contraire...


Les larmes perlent aux coins de mes yeux et je me félicite de porter des lunettes.

- J'ai passé des journées entières à espérer que tu me remarques... À prier pour que tu me vois, me touches... J'ai attendu longtemps un signe, puis... Puis j'ai laissé tombé... À quoi cela sert-il de courir après un fantôme ?... J'ai tout gâché et désormais je te fais peur. Quelle tristesse... Plus jamais nous ne pourrons recommencer à zéro. Dans nos esprits, l'image de l'autre est trop profonde pour l'effacer... Tu me verras toujours comme un garçon violent et imprévisible... je te verrais toujours comme celui qui a pris mon cœur... Et me l'a brisé...

Désormais, mes joues sont maculées de sel. Parler de ça, livrer le fond de ma pensée, me fait pleurer. Mais il faut que je tienne, que je finisse.

- Flûte à la fin... J'aurais très bien pu être ton ami ! Je me serais senti un peu aimé... Un peu utile... Pourtant non, il fallait juste que tu laisses tes enfantillages prendre le dessus... Quelque chose t'ennuie ? Il suffit de le mettre de côté... Désolé de te dire Lalegün que l'on ne peut pas faire ça avec les sentiments des gens... Tu ne sais pas ce qu'est l'amour ?... C'est simple. C'est une chose magnifique et horrible... Une chose qui donne un but à ta vie autant qu'elle la détruit... Une chose qui illumine ton existence tout en la rendant plus noire que le Tartare... On ne choisit pas d'être amoureux... Ça ne se contrôle pas... Et c'est ça qui rend la chose si unique... Est-ce si compliqué de comprendre ce que je ressens pour toi ?... Je t'ai...

Je ne peux plus finir. Je pleure trop pour réussir la moindre chose. J'enlève mes lunettes pour m'essuyer les yeux avec mon mouchoir. Dans mon état actuel, pleurer est la pire des choses. Dans mes larmes, le sang se mélange. C'est du rose qui sort de mes yeux. Rien de plus naturel. Entre deux hoquets qui menacent de déclarer ma toux je remarque une chose horrible. Ma poche de sang est presque vide. Au prix d'un grand effort j'attrape ma tringle et l'approche de moi. Il me reste vraiment peu de temps avant d'être en pénurie. Il faut que l'infirmière arrive et vite.

- Lalegün... Il faut que tu... attrapes le portable... qui est dans ma poche arrière gauche... De mon pantalon... Désolé mais... je vais bientôt arriver... à la fin de ma perfusion...

Les larmes en plus de l'épuisement, c'est la meilleure combinaison pour rendre la parole complexe. Mais ce n'est pas encore le pire. Pour attraper ce portable, il va devoir me toucher. J'en frémis d'avance. Avoir sa main sur moi, même un court instant, quel bonheur. Lorsqu'il l'a enfin, je dois le guider.

- Envoie un SMS... à Pandore... Dis lui de me... rapporter une poche... celle-ci se finit bientôt.

Pendant ce temps, j'essaie de me calmer. D'expulser le moins de sang possible. Je pense à des choses inutiles et triviales. Comme un champ de fleurs, un trône, un gâteau au chocolat. Pas des trucs tristes. Avec une respiration lente et contrôlée, j'arrive à redevenir maître de moi-même. Dès que je le suis, je regarde le garçon qui fait battre mon cœur plus vite. Qu'il est beau.

- Je suis désolé... Je perds tellement de sang et je suis tellement faible... qu'il me faut une poche tout le temps...

Ce n'est pas intéressant et il doit s'en foutre mais le silence me stresse. Et puis je ne veux pas qu'il parte. Qu'il me laisse seul, qu'il m'abandonne.
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Dim 6 Déc - 1:46


Lalegün bloqua sa respiration au moment où Ambroise commença à parler. Il savait qu'il allait se faire laminer, et la pillule était très dure à avaler.

- Je ne te déteste pas tu sais... Je n'y arrive pas... Mais je n'arrive pas non plus à te pardonner... Ce n'est pas possible... C'est trop dur. Comment veux-tu que j'y arrive ?... Alors que j'ai passé des heures à pleurer à cause de toi... À cause de ta fichue peur... Je veux juste que tu te rendes compte... Que tu comprennes qu'éviter une personne pour ne pas la faire souffrir... Et bien parfois ça fait tout le contraire... 

Il commençait à s'en rendre compte, ça oui. De plus en plus. Alors qu'il sentait les sanglots dans la voix de son interlocuteur, il luttait contre ceux qui désiraient, chez lui, se faire entendre. Il avait la gorge serrée à en faire mal. Il ne se sentait pas courageux du tout, il voulait s'enfuir. Mais c'était impossible. Il n'avait pas le droit. Tout aurait été plus simple si Ambroise l'avait détesté. Il aurait eut des raisons de s'énerver, de s'en aller. Il pensait à quel point il avait pu le faire souffrir, et se rendit finalement compte qu'au final, peut-être qu'il ne l'avait pas bien mesuré.

- J'ai passé des journées entières à espérer que tu me remarques... À prier pour que tu me vois, me touches... J'ai attendu longtemps un signe, puis... Puis j'ai laissé tombé... À quoi cela sert-il de courir après un fantôme ?... J'ai tout gâché et désormais je te fais peur. Quelle tristesse... Plus jamais nous ne pourrons recommencer à zéro. Dans nos esprits, l'image de l'autre est trop profonde pour l'effacer... Tu me verras toujours comme un garçon violent et imprévisible... je te verrais toujours comme celui qui a pris mon cœur... Et me l'a brisé...

Il continua de garder le silence, priant pour que sa respiration ne trhaisse pas l'état chaotique de son fort intérieur. Il l'écoutait parler de très loin, chaque mot résonnait dans sa tête. Un garçon violent et imprévisible ? Ce n'étaient pas les mot que Lalegün aurait choisi pour le décrire. Imprévisible, peut-être. Un peu. Quelque part, ils ne se connaissaient pas assez pour mettre des mots l'un sur l'autre. Ses mains se crispèrent sur l'étui de l'accordéon quand il entendit la denrière phrase. Actuellement, il mourrait d'envie de sortir l'instrument et d'en jouer pour couvrir la voix du jeune homme malade, qui tombait sur lui comme un couperet sur la gorge d'un condamné à mort et faisait naître d'ignobles remords.

- Flûte à la fin... J'aurais très bien pu être ton ami ! Je me serais senti un peu aimé... Un peu utile... Pourtant non, il fallait juste que tu laisses tes enfantillages prendre le dessus... Quelque chose t'ennuie ? Il suffit de le mettre de côté... Désolé de te dire Lalegün que l'on ne peut pas faire ça avec les sentiments des gens... Tu ne sais pas ce qu'est l'amour ?... C'est simple. C'est une chose magnifique et horrible... Une chose qui donne un but à ta vie autant qu'elle la détruit... Une chose qui illumine ton existence tout en la rendant plus noire que le Tartare... On ne choisit pas d'être amoureux... Ça ne se contrôle pas... Et c'est ça qui rend la chose si unique... Est-ce si compliqué de comprendre ce que je ressens pour toi ?... Je t'ai...

Bon, il n'y arrivait plus. De son oeil aussi s'écoulaient des larmes. Sauf que c'était nettement moins glauque qu'Ambroise. Les siennes avaient une drôle de couleur, quelque chose qui n'annonçait rien de bon. Un instant, Lalegün se dit que si cela se trouvait, c'était en partie de sa faute si le garçon en face de lui se trouvait alors dans un état si grave. Durant tout le temps qu'il avait passé à l'hôpital, il avait beaucoup entendu les médecins parler de la force du psyché sur l'état physique d'une personne. En l'écoutant parler, il se dit que ce devait être un sentiment bien curieux, celui dont il parlait. Quelque part, il était heureux de n'y avoir jamais goûté, si cela rendait malade à ce point. En effet, pour lui, c'était compliqué de comprendre. Tout était un peu confus. Il ignorait ce genre de choses, il vivait de manière un peu égoïste. Et c'était sûrement mieux comme ça.
Seulement pour lui.

Il s'inquiétait de la santé d'Ambroise, mais il n'osait pas l'approcher. Pas après ce qu'il venait de se prendre. Jamais des mots ne lui avaient paru si violents. Enfin si, quand sa mère lui avait demandé d'oublier. Il y repensa et se fit la réflexion qu'ne y repensant, il ne faisait guère honneur à la dernière volonté de la femme qui lui avait donné la vie. Après quelques instants, ce souvenir qui revenait bien trop souvent avait de nouveau coulé aux fin-fonds de sa mémoire.
Soudain, Ambroise attrapa la chose reliée à lui – il avait le nom que ça avait, mais il avait détesté ces choses quand on les avait accrochées à ses veines, plus tôt dans sa vie.

- Lalegün... Il faut que tu... attrapes le portable... qui est dans ma poche arrière gauche... De mon pantalon... Désolé mais... je vais bientôt arriver... à la fin de ma perfusion... 

Diantre, parler lui semblait si difficile. Son coeur se serra. Jamais il ne se le pardonnerait. Et perfusion, ça s'appelait une perfusion. Etrangement, sitôt Ambroise lui eut demandé de venir qu'il le fit. Une fois encore il vivait de smoments passés peu agréables, et il tremblait. Il n'avait pas le droit d'hésiter. Il fallait rompre la distance de sécurité établie. Il essuya très rapidement la larme qui venait de quitter son oeil, aussitôt remplacée par une autre, avant de s'avancer vers lui, avec une horrible boule au ventre. Plus il se rapprochait de lui, moins il osait le regarder. Finalement, il fit comme demandé, éxecutant l'ordre tel un automate : trouver le téléphone. Sinon il allait paniquer.

- Envoie un SMS... à Pandore... Dis lui de me... rapporter une poche... celle-ci se finit bientôt. 

Il ne savait pas qui était Pandore, mais il la trouva rapidement dans le répertoire. Diantre, il avait un mal fou à taper ce message. L'angoisse, à laquelle s'ajoutait son surplus d'énergie ainsi que ses tremblements incontrôlables ne rendaient pas la tâche facile. Il écrivit le message n'importe comment, juste de sorte qu'il soit compréhensible. Finalement, il ne lâcha pas le téléphone, gardant la main crispée dessus.

- Je suis désolé... Je perds tellement de sang et je suis tellement faible... qu'il me faut une poche tout le temps...

Ambroise paraîssait plus calme. Il le regardait. Lalegün, lui, ne savait juste plus où se mettre. D'un côté, sentir quelqu'un si proche de lui le rassurait, même si c'était lui. Cette personne envers qui il aurait toujours d'inneffaçable remords. Dans quels draps s'était-il encore fourré ? Il ne comprenait plus rien. Quand il agissait, il avait des problèmes. Quand il ignorait les soucis, il avait de sproblèmes. Comment on pouvait s'en sortir, s'il n'y avait rien qui permettait de s'en sortir à tous les coups ? Il garda le regard un peu vague en s'adressant à lui, toutes ces émotions l'ayant quelques peu vidé.

- Ne t'inquiète pas, je sais ce que c'est, moi aussi on m'embêtait avec ça à l'hôp...

Il secoua violemment la tête. Woh. Quels genres de souvenirs il avait failli exprimer, là ? C'était strictement interdit. Formuler quelque chose, c'est le rendre tangible. Le garder secret, l'oublier. Il sentait la partie dissimulée de son visage le brûler. Psychologique. Psychologique. Son oeil sembla soudain reprendre vie. Il prit une grande aspiration, dans l'espoir de calmer ses sanglots. Il finit par s'asseoir par terre – presque tomber, à vrai dire.

- Tu es resté avec tout ça sur le coeur pendant si longtemps, et puis moi je... Ambroise, si j'avais su que c'était dur à ce point-là, j'aurais...

Il ne savait pas ce qu'il aurait fait. Il ne voulait pas mentir. Pas cette fois. Il mentait bien trop souvent. Il haussa les épaules, et pour la première fois depuis le début de leur échange, le regarda vraiment dans les yeux.

- En fait, je ne sais pas quoi dire. J'ai dit que je ne riposterai pas. Je n'en ai même pas envie, tu dois avoir raison. Je ne comprends pas grand-chose à tout ça. Et je ne sais pas ce que tu veux entendre non plus. Tout ce que je sais, c'est que mon comportement à eu des conséquences désastreuses et que je n'aurais pas voulu que ça arrive, mais je... je...

Il soupira, détournant le regard, se passa une main dans les cheveux, dévoilant, un court instant, les chairs anciennement brûlées. Cela l'énervait, de ne pas réussir à s'exprimer comme ça.

- Ambroise, est-ce que de n'importe quelle façon je peux t'aider ? Je ne veux pas que tu meures en ayant cette image là de moi et... et si tu pouvais ne pas mourir, ce serait aussi bien, c'est triste de mourir. S'il te plait, laisse-moi être gentil avec toi, pour de vrai ! Je sais que je me comporte comme un enfant, et j'ai horreur qu'on me le dise, mais ce n'est pas ma faute, je n'arrive pas à faire autrement ! Si tu ne veux pas me pardonner, je suppose que je n'y peux rien, mais j'aimerais au moins avoir une chance de rattraper mes erreurs. Un tout petit peu... s'il te plait !

Le regard qu'il avait posé sur lui était plus que suppliant. Il priait pour qu'il accepte. Il ferait n'importe quoi. Tout ce qu'il voulait. Il ne supportait pas de savoir que quelqu'un lui en voulait. Ni d'avoir fait tant de mal autour de lui, volontairement ou non. Faute de pouvoir entièrement se racheter, il voulait au moins faire preuve de bonne volonté. Il était prêt à lui sauter au cou.
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Dim 10 Jan - 14:17


Il est là. Là, devant moi. Il ne part pas, ne bouge pas. Telle une statue. Pourtant on voit la tension qui l'habite. Je ne suis pas un idiot. Son mal-être est totalement compréhensible. Comment rester soi, garder la même attitude face à une personne au bord de la mort, qui plus est, une personne qui nous aime sans sentiments réciproques. Cela doit être dur. Moi-même, je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à être le vrai Ambroise Tugdual Lockart. Enfin, le vrai, c'est une façon de parler car celui que tout le monde voit, ce n'est qu'un masque, pas ma personnalité profonde. En même temps, elle ne sort pas souvent. Ceux qui l'ont vu se comptent sur les doigts d'une main. La discrétion est un art qu'il faut cultiver avec soin.

- Ne t'inquiète pas, je sais ce que c'est, moi aussi on m'embêtait avec ça à l'hop...

Je hausse un sourcil. L'hôpital ? Il y serait allé longtemps ? Bon, je me doute un peu du pourquoi il y est allé. J'ai déjà entrevu le visage ravagé de Lalegün et j'ai déjà eu des hypothèses à propos de cette mèche de cheveux couvrant son œil droit. En aucun cas je n'avais cru à la théorie de l'effet de mode, cette petite rumeur qui circulait fut un temps. Il suffit d'être assez observateur pour comprendre que si le petit violet avait pu ne pas avoir sa brûlure, il n'aurait pas cacher son visage.

- Tu es resté avec tout ça sur le cœur pendant si longtemps, et puis moi je... Ambroise, si j'avais su que c'était dur à ce point-là, j'aurais...

Il est à terre, assit, et je ne peux s'empêcher de le détailler. Sa délicate ossature, sa peau semblant aussi douce que du coton, sa longue chevelure aux dégradés de mauve encadrant son œil d'un violet grisé. Ne serait-ce que son visage me donne envie de l'aduler jusqu'à sa mort. Quant à son corps, si svelte, si délicat, si fragile et si petit. Cela me rappelle que je voudrais le couvrir de câlins. Pas spécialement des câlins avec une connotation. Juste de simples câlins.

- En fait, je ne sais pas quoi dire. J'ai dit que je ne riposterais pas. Je n'en ai même pas envie, tu dois avoir raison. Je ne comprends pas grand chose à tout ça. Et je ne sais pas ce que tu veux entendre non plus. Tout ce que je sais, c'est que mon comportement a eu des conséquences désastreuses et que je n'aurais pas voulu que ça arrive, mais je... je...

Le jeune homme que je suis ne peut retenir son sourire. Il a des remords. C'est peut-être triste et cela doit lui faire mal mais il pense à moi. Je ne suis pas qu'un moins que rien. Quel soulagement. Cela me calme plus facilement que les médicaments et me voilà apaisé. Mes larmes se sont taries, mes tremblements, interrompus. Tout va mieux. Lorsque mon amoureux passe la main dans sa chevelure, je ne peux s'empêcher de regarder ses cicatrices. Le pauvre. Cela a du faire mal, très mal.

- Ambroise, est-ce que de n'importe quelle façon je peux t'aider ? Je ne veux pas que tu meures en ayant cette image là de moi et... et si tu pouvais ne pas mourir, ce serait aussi bien, c'est triste de mourir. S'il te plait, laisse-moi être gentil avec toi, pour de vrai ! Je sais que je me comporte comme un enfant, et j'ai horreur qu'on me le dise, mais ce n'est pas ma faute, je n'arrive pas à faire autrement ! Si tu ne veux pas me pardonner, je suppose que je n'y peux rien, mais j'aimerais au moins avoir une chance de rattraper mes erreurs. Un tout petit peu... s'il te plait !

J'écarquille avec peine les yeux, assez étonné. Il veut m'aider pour que je n'ai pas une mauvaise image de lui ? Quel drôle de garçon. Mais c'est inespéré. Qui sait, peut-être que lorsque mon cœur serra parfaitement serein j'irai mieux. L'offre est donc à ne pas refuser. Tandis que je réfléchis à la proposition, Pandore, l'infirmière arrivée il y a quelques temps déjà, s'avance avec la poche de sang dans les mains. Avec des gestes experts, elle change l'ancienne par la nouvelle et m'interroge silencieusement sur mon état. Je lui souris. J'ai entendu sa question et y répond avec mes yeux. Je vais bien. Mon cœur est apaisé donc mon corps ira certainement mieux. Il lui faut juste du temps. Temps dont je commence sérieusement à manquer. Tendant le bras vers Lalegün, je le somme de venir à moi.

- Accepterais-tu de pousser mon fauteuil pour finir ma petite ballade... Je pourrais également te répondre... Pour ta demande... Et pour ta grosse boîte, Pandore s'en occupera... Elle va l'emmener à l'infirmerie...

L'infirmière, toujours présente, hausse un sourcil mais je l'écarte d'un petit geste. Je la rassure une dernière fois en lui certifiant que tout ira pour le mieux. Puis nous la laissons seule dans le couloir et partons à la découverte du lycée en soirée. En premier lieu, c'est une marche silencieuse que nous effectuons. Je ferme les yeux pour savourer cette merveilleuse ballade. Son odeur emplit délicatement l'espace et je ne peux m'empêcher de m'imaginer comment le parfum sera si il était mélangé au mien.

- Hum... Lal' ? J'ai peut-être une idée... Tu pourrais venir au minimum tous les deux jours ?... Juste me rendre visite... Ça me ferait plaisir... Puis on pourrait peut-être devenir amis... Ça m'empêchera de partir... Peut-être.

Je souris. Cela fait beaucoup de suppositions mais ce serait tellement bien si il pouvait me rendre visite. Et si l'on devenait amis. Je lui en serais reconnaissant et cela rattrapera largement ce qu'il m'a fait. D'ailleurs, je me souviens avoir vu que son pouvoir est lié à la vérité. Il peut nous faire dire la stricte vérité. Cela me donne une idée.

- Lalegün... Je sais que ton pouvoir est lié à la vérité... Si, un jour, tu as des doutes sur ma sincérité... Tu auras totalement le droit d'user de ton pouvoir sur moi... Je te donne ma permission.

J'ouvre les yeux et le regarde avec un petit sourire. À quoi penses-tu mon amour ?
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Dim 10 Jan - 18:10


Lalegün observa, intrigué, les gestes experts de l'infirmière. L n'avait pas remarqué sa présence avant. Depuis quand les observait-elle ? Bah, ça n'avait pas d'importance. Et de quelle dextérité impressionnante faisait-elle preuve ! Au bout d'une minute, il se désespéra une nouvelle fois de sa façon d'agir. Même dans une situation pareille, finalement, un rien suffisait à détourner son attention. Et si Ambroise le prenait mal ? Non, non, il avait bien fait comprendre qu'il se sentait concerné par les évènements. Ce qui se confirma : la main tendue par Ambroise fut comme un énorme soulagement pour Lalegün. C'était toujours bon signe, ces gestes-là.

- Accepterais-tu de pousser mon fauteuil pour finir ma petite ballade... Je pourrais également te répondre... Pour ta demande... Et pour ta grosse boîte, Pandore s'en occupera... Elle va l'emmener à l'infirmerie...

Presque aussitôt, le garçon se leva. Bien sûr qu'il acceptait. Gentil, il fallait être gentil. Pas de caprices avec Ambroise. Il lança un regard en direction de l'accordéon. Même si l'infirmière serait soigneuse, il craignait pour son pauvre instrument. Malheureusement, il fallait faire un choix, et il n'aurait osé contredire le malade. Avec une pointe d'anxiété, il se détourna du précieux objet et tenta de se le sortir de la tête. Tout irait bien. Il regarda le jeune homme s'arranger avec la silencieuse dame, et, quand les derniers détails de leur affaires furent réglés, entreprit de pousser le fauteuil.

Intimidé, Lalegün ne disait rien. Leur promenade en solitaire était bien différente de la dernière. Moins éprouvante, d'ailleurs. Il se sentait un peu moins oppressé que tout à l'heure : Ambroise semblait soulagé, depuis son petit monologue. Peut-être que se vider de sa rancoeur lui avait fait du bien, aussi. En songeant oisivement à tout cela, il observait les couloirs, qui, la nuit, sombres et déserts, avaient tout de même un petit côté glauque. Il se demandait comment Ambroise pouvait dormir tranquillement, seul, en toute conscience du vide derrière la porte de l'infirmerie. Puis le traversa l'idée que peut-être ses nuits n'étaient pas paisibles. Il trouva cette idée plus que probable.

- Hum... Lal' ? J'ai peut-être une idée... Tu pourrais venir au minimum tous les deux jours ?... Juste me rendre visite... Ça me ferait plaisir... Puis on pourrait peut-être devenir amis... Ça m'empêchera de partir... Peut-être.

Lalegün ne s'arrêta pas de marcher mais il ralentit le pas. Cette dernière phrase lui fit un drôle d'effet. Peut-être l'avant-dernière, aussi. Il ne voulait pas penser à l'éventualité de la mort avant de se retrouver face au corps sans vie du jeune homme assis sur le fauteuil – bien entendu, il priait pour que cela n'arrive pas. Mais il tâcha de se concentrer sur le "ça me ferait plaisir". Si ça pouvait lui faire plaisir, il n'y avait absolument aucun problème ; et même plus, cela allait de soi.

- Lalegün... Je sais que ton pouvoir est lié à la vérité... Si, un jour, tu as des doutes sur ma sincérité... Tu auras totalement le droit d'user de ton pouvoir sur moi... Je te donne ma permission. 

Il cligna de l'oeil, surpris. Comment Ambroise était-il au courant de tels détails sur lui ? Il l'observait ? Lal' se fit la remarque qu'il ne connaissait pas grand chose de son... admirateur pas vraiment secret. Lockart, il avait déjà entendu son nom parce qu'il était connu sur l'île. C'était une personne importante, il n'en savait pas plus. Cela le frustra. S'il devaient être amis comme il le souhaitait, il faudrait au moins qu'ils soient sur un pied d'égalité à ce niveau-là. Il détacha son regard des ombres qui emplissaient les couloirs lointains. Bon. De toute façon, si, en quelques sortes, ils devaient repartir sur de bonnes bases, c'était anecdotique : ce qu'il ne savait pas, il l'apprendrait. Par dessus son épaule, Ambroise le regardait avec un petit sourire. Instinctivement, Lalegün y répondit par un air joyeux. Il était fichtrement heureux que la tension soit retombée entre eux.

- Tous les deux jours ? Je peux venir tous les jours si ça peut te faire plaisir ! Et puis je pourrai jouer du violon pour toi si tu veux, ou... ou n'importe quoi en fait, c'est quoi ton instrument préféré ? Il y a des morceaux que tu aimes bien ? Tu crois vraiment que ça t'aiderait à aller mieux ?

Il le considérait d'un oeil curieux, penché vers lui.  Il voulait absolument se rattraper, et avait décidé de faire des efforts pour ça. Tous les jours, ce serait dur à gérer pour son esprit dispersé et ses humeurs changeantes. Mais cela lui ferait un bon entraînement : cet engagement-là, il avait plutôt intérêt à le tenir. Si à certains moments il n'y arrivait vraiment pas, il pourrait ficeler un petit mensonge. Mais pas trop souvent. Mentir, ce n'est pas bien, on le lui avait assez répété.

- Oh, et puis, ne t'en fais pas : généralement, je n'attends pas d'avoir la permission de autres pour utiliser mon pouvoir !

Hum, ça, ça lui avait un peu échappé, et il ne s'en rendit compte qu'après coup.

- Enfin, c'est juste que... en plus j'en fais pas trop exprès, ça se déclenche tout seul. Ce n'est pas trop pratique, tu sais, vu qu'il suffit que je regarde les gens dans les yeux, je suis obligé...

Il eut un petit rire anxieux. Il s'enfonçait à tenter de se justifier de la sorte. Il fallait changer de sujet, au plus vite, et chercha une remarque sur laquelle rebondir dans leur conversation. Il trouva, fronça les sourcils et prit son air qui se voulait menaçant. Bien entendu, l'effet était loin d'être satisfaisant. Mais on sentait le mécontentement, alors cela devrait suffire.

- Mais dis ! On se connait à peine, comment tu sais des choses comme ça sur moi ? Tu m'espionnes ? Si tu veux qu'on devienne amis, je te préviens : je préférerais que tu me demandes de te dire ce que tu veux savoir au lieu de récupérer des informations par je ne sais quel moyen.

Le précédent jeu des clés l'avait suffisamment rendu paranoïaque comme ça, après tout ; il ne voulait pas risquer de se sentir observé en permanence maintenant qu'il était débarrassé de tout ça. Comme après quelques secondes à peine il n'y pensait déjà plus, son air s'adoucit, et il haussa les épaules.

- Mais de toute façon, je n'ai pas de doutes sur ta sincérité tu sais, je crois que j'ai bien compris que tu me disais la vérité, maintenant.

Lalegün décida de se taire un peu. Il ne voulait pas se montrer trop envahissant. Et peut-être que ce pauvre Ambroise voulait prendre un peu la parole aussi. Il se contenta donc de marcher tranquillement, poussant toujours le fauteuil roulant. Ses doigts, agités de leur énergie habituelle, tapotaient des rythmes aléatoires sur les poignées. Pourtant – et c'était une sensation étrange – il se sentait calme.

[HRP : Ne te sens pas stalkée s'il te plait de me voir répondre dans la seconde à chaque fois, je ne suis pas une psychopathe 8D]

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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Sam 27 Fév - 15:41


Avec son habituel air joyeux, je comprends qu'il va un peu mieux. Sa tension n'est plus aussi forte que tout à l'heure.

- Tous les deux jours ? Je peux venir tous les jours si ça peut te faire plaisir ! Et puis je pourrais jouer du violon pour toi si tu veux, ou... ou n'importe quoi en fait, c'est quoi ton instrument préféré ? Il y a des morceaux que tu aimes bien ? Tu crois vraiment que ça t'aiderait à aller mieux ?

Mes joues rosissent lorsque j'apprends qu'il veut venir tous les jours. Tous les jours ? Vraiment ? Ai-je bien entendu ? C'est bien trop beau pour être vrai. Si il vient tous les jours, cela veut dire que je serais heureux bien trop souvent. De plus, il veut me jouer de la musique. Je ne demande pas mieux. Alors oui, je peux hocher la tête. Cela m'aidera assurément à aller mieux ou du moins, je partirais sans regrets.

- Oh, et puis, ne t'en fais pas : généralement, je n'attends pas d'avoir la permission des autres pour utiliser mon pouvoir.


Je souris en fermant les yeux pour mieux écouter Lalegün. Sa voix est si douce. Tandis qu'il parle je me retrouve plongé dans un souvenir. Alyssia me jouait souvent une mélodie au violon. Je ne me souviens plus de son nom, seule la musique me revient. Elle était douce et légère. Elle la jouait sans partition, se laissait aller au gré de ses envies. Ses doigts appuyaient les cordes de l'instrument tandis que son archet produisait des sons harmonieux. Lorsqu'elle pratiquait pour son plaisir, nous nous retrouvions régulièrement dans le salon bleu. Je m'asseyais sur un fauteuil tandis qu'elle prenait place près de la fenêtre. Nous pouvions y rester des heures, à nous écouter jouer du violon pour elle, du piano pour moi. C'était nos petits moments de calme et de complicité. Parfois Sacha nous rejoignait avec sa flûte traversière.

- ... comment tu sais des choses comme ça sur moi ? Tu m'espionnes ? Si tu veux qu'on devienne amis, je te préviens : je préférerais que tu me demandés de te dire ce que tu veux savoir au lieu de récupérer des informations par je ne sais quel moyen.

De nouveau, un mince sourire étire mes lèvres. Comment je sais ses choses ? Merci aimable pouvoir. Entre les informations que je peux glaner un peu partout avec mes yeux, mon influence et des questions judicieuses aux bonnes personnes, je suis au courant de beaucoup de choses sur les gens du lycée. C'est aussi pour cela que j'ai demandé à être au journal de l'école. Je distillerais de petites rumeurs sur tout le monde. Comme ça, ma sécurité est assurée. Enfin, parler de l'avenir alors que je suis en fauteuil roulant est un peu optimiste. Mais si je me laisse décourager jamais je ne verrais le bout de cette fichue maladie mystère.

- Mais de toute façon, je n'ai pas de doutes sur ta sincérité tu sais, je crois que j'ai bien compris que tu me disais la vérité, maintenant.


Il faut toujours être au bord du gouffre pour pouvoir faire ce dont on a toujours eu envie. C'est vraiment étrange. Combien de personnes au bord de la mort ont fait leurs excuses pour d'anciennes querelles datant de l'école primaire. On veut partir sans regrets alors on fait ce qu'on aurait du faire dès le début. Je soupire et laisse aller ma tête contre le reposoir de mon fauteuil. Mieux je serais calé, mieux je pourrais parler. Bien que ma voix ne soit qu'un mince chuchotement, je me risque à lâcher quelques mots.

- J'aime bien le piano... Mais c'est bien aussi le violon...


Mes paupières restent closes tandis que je reprends un peu de souffle pour continuer. Moins j'utilise de choses, mieux ce sera.

- J'ai laissé trainer... mes yeux dans les locaux administratifs... ça m'a permis d'apprendre des choses... sur les gens.

Inspiration, expiration. Inspiration, expiration. On est reparti.

- Promis... la prochaine fois... je te de-m-manderais.

Je lâche une profonde quinte de toux avant de me redresser pour m'affaler dans mon siège. Là, j'ai compris. La balade est finie. Je ne tiendrais pas plus longtemps. Ma tête dodeline depuis quelques instants et je perds peu à peu pied. Si je ne veux pas m'évanouir, il va falloir que j'aille dormir.

- Peux-tu... me ramener... à-à l'infirmerie... s'il te plaît.

Après ça, je me laisse aller. Je lui fais confiance pour me ramener alors je peux bien me permettre de somnoler. Lorsque nous arrivons, Pandore me conduit jusqu'à mon lit et m'y dépose avant de m'enlever toutes les couches de pulls qu'elle m'a enfilé avant. Très vite je me retrouve en pyjama d'hôpital, sous trois couvertures. Avant de fermer les yeux et de m'envoler dans le monde de Morphée, j'adresse un petit sourire à mon camarade.

- Merci... Bonne nuit... et à demain...

Mes yeux se ferment à ses mots et je m'enfonce dans un profond sommeil. Quand je disais que je ne peux pas survivre plus de deux heures sans dormir.
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MessageSujet: Re: Il était temps [PV Ambroise] Mer 2 Mar - 18:37


- J'aime bien le piano... Mais c'est bien aussi le violon...

Lalgeün hocha la tête, l'air décidé. Il amènerait son violon s'il voulait, mais il se promit de lui faire découvrir d'autres choses. C'était important ; ses parents eux-mêmes lui avaient toujours dit de goûter à tout et dans tous les domaines. Mince. Il venait de se souvenir, quel méchant réflexe.

- J'ai laissé trainer... mes yeux dans les locaux administratifs... ça m'a permis d'apprendre des choses... sur les gens.

Ce pouvoir devait tout de même être sacrément pratique, et son esprit trop candide ne formula pas l'idée qu'on pouvait s'en servir à des fins moins morales. Le garçon lui lança un regard sceptique. Non pas qu'il doutait de ce que le jeune homme lui racontait : mais il paraissait de plus en plus fatigué. Il eut un peu peur. Ambroise n'allait pas mourir, là, maintenant, juste devant lui, n'est-ce pas ? Ce serait horrible. Un petit nœud vient serrer son estomac, alors qu'une angoisse stupide mais ingérable l'empêchait de continuer à sourire. Même quand il céda à sa demande. Quand le malade lui demanda de le ramener à l'infirmerie, il n'attendit pas une seconde avant d'obtempérer. Secrètement, il avait espéré très fort qu'il le lui demande.

Il resta un peu à l'écart, observant les gestes toujours aussi experts de l'infirmière - dont il avait déjà oublié le nom - qui déshabillait Ambroise et s'en occupait. Il n'entendit pas ce qu'il lui dit avant de s'endormir, mais vit son sourire et fut rassuré. Instinctivement, il y répondit. Sur la demande de la jeune femme, à qui il adressa un "bonsoir" intimidé, il quitta les lieux, son accordéon de nouveau sur le dos. Il en avait oublié à quel point ce truc était lourd, mais apprécia de l'avoir avec lui. Il en jouerait dehors, pour décompresser.
Il s'installa donc juste à l'extérieur, assis par terre, contre le mur. Il faisait nuit, et l'éclairage ici était insuffisant, il ne voyait quasiment rien. Pas grave, il n'avait pas besoin de ses yeux pour faire de la musique. Il sortit l'imposant objet, le posa sur ses genoux, et commença une valse improvisée. Il adorait les valses. Lalegün adorait la musique en général. Quand on joue, on ne pense à rien, on est concentré, on oublie. Même s'il n'avait pas véritablement besoin de se concentrer, c'était facile, pour lui.

Puis Lalegün s'arrêta soudain. Il voulait prouver à Ambroise que son engagement était sérieux. D'ailleurs, s'il ne le faisait, il avait peur de lui-même ne pas le penser, et ne pas le respecter. Il se sentirait bien trop mal. Le garçon reprit donc la mélodie, plus lentement, l'air soucieux.
Il lui fallut à peine quelques minutes pour trouver la solution. Il laissa tout en plan ici - de toute façon, il ne voyait pas qui voudrait voler un instrument aussi encombrant - et courut jusqu'à l'infirmerie. Il ouvrit la porte sans réfléchir, et par chance, Ambroise était plongé dans un sommeil bien trop profond pour que cela le réveille. Il parcourut la pièce du regard. L'infirmière n'avait pas l'air d'être dans les parages. Cette femme l'intimidait : il allait en profiter. Sur le bureau à proximité, il se saisit d'un stylo, trouva un bout de papier, et s'empressa de tracer de sa calligraphie maladroite les mots suivants :

Tous les jours Ambroise, ça, je n'oublierai pas ! Tu me le rendras quand tu seras entièrement remis.

Il jeta un regard au jeune homme, puis à son papier. Pas très heureux de le faire, mais avec conviction, il retira son bonnet et y plaça sa petite missive. Le plus discrètement possible, il s'approcha du lit, et posa son précieux bien à côté de lui, là où il y avait de la place. Son oeil s'attarda un peu sur les traits d'Ambroise. Une question fugace lui traversa l'esprit. Qu'est-ce que le jeune Passion pouvait bien ressentir quand il le regardait, lui ? Aucune idée.

- Alors à demain, Ambroise !

Il sourit comme s'il allait lui répondre, jeta un nouveau regard autour de lui, et s'enfuit discrètement.
Maintenant, il viendrait, c'était sûr.
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Il était temps [PV Ambroise]
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